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Dans son film semi-autobiographique de 2007, 2 days in Paris, Julie Delpy (via son personnage Marion) et Adam Goldberg (Jack, son amoureux du moment), veulent visiter le cimetière du Père Lachaise et les Catacombes de Paris lors de leur séjour dans la capitale.
Arrivés place Denfert-Rochereau, l’Ossuaire est exceptionnellement fermé à la visite pour une raison technique, comme l’indique visiblement les nombreuses affiches informatives apposées sur la porte d’entrée. Marion est très déçu de ne pouvoir emmener Jack « dans un de ses endroits préférés à Paris ».


Les affichettes (réelles) dans la fiction

La fiction s’est inspirée de la réalité puisque cela arrive de temps à autre, ce qui est d’ailleurs le cas actuellement. En effet, le parcours de visite est amputé du tiers de sa longueur depuis quelques jours comme le précisent avec honnêteté deux affichettes, l’une en français, l’autre en anglais.
La galerie des sculptures de Décure est à nouveau fermée pour des travaux de consolidation (un morceau du ciel s’est récemment effondré à terre et celui-ci nécessite d’être purgé pour des raisons de sécurité).
Et la galerie des fontis (entre la sortie de l’Ossuaire et l’escalier de sortie des Catacombes) est fermée à cause d’une fuite d’eau conséquente au niveau du premier des deux fontis pédagogiques.

L’affichette en français précise bien les raisons pour lesquelles le trajet est réduit

Si le prix n’a pas été revu à la baisse – une remise de quelques euros serait justifiée – nous vous conseillons vivement d’en profiter pour découvrir la galerie de sortie de secours qui sert momentanément de sortie principale.


Sur l’inscription 121D de notre inventaire, remarquez la très rare décoration sur la droite

Non seulement, elle possède une des inscriptions les plus emblématiques de l’Ossuaire (voir ci-dessus l’inscription 121D de notre ouvrage, page 84), mais en plus les visiteurs passent sous le puits de service par lequel était déversés les ossements et sortent par l’emplacement du terrain de la Tombe-Issoire (la fameuse maison de la « Tombe Isoire ou Isouard, sur l’ancienne route d’Orléans, dite aussi la Voie Creuse).
Comme l’indique Héricart, c’est à cet emplacement que “l’on fit, 1° un escalier de soixante-dix-sept marches pour descendre dans les excavations, à dix-sept mètres environ de profondeur, et 2° un puits muraillé pour la jetée des ossemens.
C’est dans cette propriété, appartenant toujours à la Ville de Paris et dépendant actuellement de la Direction des Espaces Verts de la municipalité, qu’après “la destruction de l’Église des Innocens et la conversion du cimetière en place publique, tous les tombeaux, les inscriptions, les croix, et autres monumens quelconques qui ne furent point réclamés par les familles, furent portés dans le préau de la tombe Isoire, pour y être rangés avec ordre autour de son enceinte”.

Parmi ceux-ci, un monument en forme d’obélisque dénommé la croix Gastine, est “remarquable par sa forme pyramidale, son architecture élégante, et sur-tout par un relief du ciseau de Jean Goujon” qui avait d’abord été élevée sur l’emplacement d’une maison appartenant à Philippe Gastine un riche marchand de Paris, après que sa maison fût rasée et lui condamné à être pendu pour avoir tenu en 1571 chez lui des réunions contre les édits du roi.
Dans le cimetière elle se trouvait du côté de la rue Saint-Denis, en vis-à-vis de la première arcade des charniers, marquant la tombe de Nicolas Hennequin bourgeois parisien décédé en 1556. Transportée au milieu de la cour de la Tombe Issoire, on plaça autour plusieurs cercueils en plomb dont celui de Madame de Mailly, maîtresse de Louis XV décédée en 1751 qui avait demandé que son corps repose au pied de la croix des Innocents.
Cette propriété de la Tombe Issoire ayant été vendue comme bien national pendant la Révolution française, tous les monuments (en pierre, marbre) ont été alors enlevés, détruits ou réutilisés. Quant aux métaux (bronze, plomb, cuivre et fer) ils ont été fondus pour un usage militaire dont la Révolution avait grand besoin.
Héricart s’enthousiasmait lors de l’écriture de sa Description des Catacombes de Paris, pour cette croix Gastine, seule et unique rescapée des monuments provenant des Innocents, qualifiant cette croix de “pièce, malheureusement très-rare, [qui] est d’autant plus intéressante aujourd’hui”.
Peut-être savait-il que cette croix avait été récupérée [1] par la princesse de Monaco pour être placée dans le parc de son château à Betz – propriété située à moins d’une dizaine de kilomètre de Thury-en-Valois où se trouvait le château et le domaine d’Héricart de Thury !
Le parc de Betz est actuellement la propriété du roi du Maroc et ses services diplomatiques interdisent malheureusement toute visite !
La croix Gastine a été carte-postalisée sous le nom d’Obélisque des tombeaux des sires de Crépy.
Ici la croix Gastine par Charles-Louis Berthier en 1786 (Gallica).

Nous n’avons aucune information quand à la durée des travaux et à l’utilisation de la sortie de secours comme sortie principale. Si vous vous déplacez spécialement pour voir cette galerie, nous vous conseillons de demander aux gardiens ce qu’il en est avant de faire la queue…

[Mise à jour du 20 juillet 2012]
Les travaux ayant été effectués, la sortie se fait de nouveau par la rue Rémy Dumoncel.

[1] Voir à ce sujet Paris déplacé, du XVIIIe siècle à nos jours (architecture, fontaines, statues, décors), par Ruth Fiori aux éditions Parigramme (2011) qui en parle comme le premier des monuments déplacé hors la capitale.

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