Nous ne savons pas à quel point les auteurs du film se sont documentés sur les carrières souterraines de Paris, les catacombes et le mouvement cataphile, mais plusieurs thèmes sont caractéristiques des amateurs de souterrains parisiens.

Tout d’abord, la quasi-totalité du film se déroule dans les carrières-Catacombes. Mieux, tous les souterrains de la capitale sont montrés ou cités d’une manière ou d’une autre (carrières-Catacombes donc, mais aussi galerie technique, égout, métro), et les décors de deux-trois plans ressemblent à des carrières de banlieue ou de province !

Ensuite, plusieurs scènes font penser à certaines pratiques cataphiles (fêtes clandestines, cyalume, « squatte » dans une salle, utilisation de fumigène, consultation d’un plan, intervention des forces de l’ordre, franchissement de chatière, etc. – sans parler d’attitudes comme le sentiment de supériorité de ceux qui « connaissent le réseau »).

Certains cataphiles ont fort bien aménagées de petites salles, mais aucune à ce niveau !

Enfin, le thème de la mort se voudrait au centre du long-métrage, mais, très mal exploité, son traitement devient vite plus ridicule qu’effrayant.

Les Catacombes, sujet du film

Si Catacombs n’est pas, et de loin, le premier film a montré les Catacombes de Paris (réelles ou factice), c’est le premier film a centré son sujet sur le monument funéraire et a essayé d’utiliser réellement le potentiel scénaristique des lieux. Néanmoins Tom Coker et David Elliot, les auteurs, se sont vite retrouvés face à un écueil scénaristiques majeur : le musée souterrain de la place Denfert-Rochereau n’a rien d’horrifique (par rapport aux canons des films d’horreur, voir la définition de la Wikipédia). C’est un monument funéraire visité par des centaines de milliers de personnes chaque année.
Certes, la mort y est mise en scène – ossements longs empilés séparés ou ornés de lignes de crânes, monuments décoratifs, inscriptions funéraires –, mais celui que l’on qualifierait de scénographe aujourd’hui, ou d’architecte d’intérieur, Héricart de Thury, désirait plutôt impressionner les visiteurs pour renforcer la dimension religieuse du lieu que de les effrayer ou de les choquer…
Les réalisateurs ont donc du trouver un subterfuge pour pouvoir faire un film « d’horreur » : une farce macabre que Caroline ferait à sa sœur Victoria. Ladite farce étant basée sur un personnage fictif : l’Antechrist.

Ces deux points – adjonction d’un élément fictif « horrible » dans un réel « normal » et mise en scène d’une « farce initiatique » – parleront particulièrement aux cataphiles des années 1990. Le premier point fait penser au reportage bidonné La faune étrange des sous-sols de Paris diffusé lors de l’émission 52 sur la Une, le second renvoit à ce que quelques cataphiles de l’époque nommaient les « plans psychologiques ».

La faune étrange des sous-sols de Paris

Le vendredi 1er juin 1990, TF1 diffuse La faune étrange des sous-sols de Paris, de Denis Vincenti et Jean-Claude Fontan dans le cadre de l’émission 52 sur la Une, proposée par Jean Bertolino.
Si la base du reportage est réelle (quelles sont les personnes qui fréquentes les anciennes carrières souterraines de la capitale ?), de très nombreuses scènes sont fictives et auraient été ajouté à la demande de Jean Bertolino après visionnage d’une première mouture de Denis Vincenti, jugée inintéressante parce que ne comprenant aucun élément « sensationnel » (même si cela correspondait à la réalité).
Pour différentes raisons, des cataphiles acceptèrent de jouer des séquences habituellement inexistantes (fausse messe noire, fausse Securitate – en référence aux services secrets roumains) et le montage de plusieurs interviews privilégia systématiquement les thèmes liés à la violence, au sexe et à la mort.


Cagoules et masques du film et de l’émission sont vraiment très proches

Catacombs procède très exactement du même principe. Puisqu’il n’y a rien d’effrayant, ni dans le musée des Catacombes, ni dans les anciennes carrières, il faut inventer.
Ainsi la sœur de Victoria et ses amis vont-ils lui raconter la génèse de l’Antechrist, un enfant élevé à la viande crue qui n’aurait jamais vu la lumière du jour et qui, devenu maléfique, tuerait régulièrement des personnes dans les souterrains. La scène de quelques minutes environ mélange sexe, sang et violence – quasiment les mêmes thèmes que La faune étrange des sous-sols de Paris


Securitate et Antechrist, remarquez dans les deux cas, l’utilisation de la contre-plongée pour augmenter l’effet…

Les plans psychologiques

Caroline et ses amis ont organisé une farce initiatique qui correspond très exacement à ce que certains cataphiles faisaient à une époque et appelaient « un plan psychologique » (mais la mise en scène et les moyens n’étaient pas aussi conséquents que dans Catacombs). Un cataphile (l’organisateur du « plan psychologique ») descend des connaissances et les conditionne pendant une première partie du parcours sur l’absence totale de risque à visiter les carrières sauf… tel danger aussi rare que particulier.
Comme par hasard, c’est ce soir-là que ce cas se présente et le cataphile et ses « touristes » se retrouvent poursuivis par un ennemi aussi bruyant et menaçant qu’invisible (il reste toujours en arrière et ne se montre pas). Cet ennemi est constitué d’amis cataphiles, qui crient, hurlent, menacent, passent de la musique agressive, etc.
Ces plans psychologiques fonctionnent très facilement, les néophytes étant déstabilisés par le manque de repères habituels : un lieu inconnu et labyrinthique (qui peut paraître hostile au premier abord), une dépendance complète vis-à-vis de leur guide, un ennemi très agressif mais que l’on ne perçoit pas (comme la dernière poursuite de Catacombs où l’on ne voit que les pieds de celui qui course Victoria), le conditionnement préalablement effectué par le cataphile-guide qui a organisé le plan psychologique, etc. Il est alors assez facile de faire faire un peu tout et n’importe quoi aux visiteurs d’une nuit.

Est-ce l’Antechrist qui poursuit ainsi Victoria ?

C’est exacement ce qu’il se passe avec Victoria. Lorsqu’elle se retrouve seule, de nombreux petits bruits plus ou moins étranges raisonnent autour d’elle, un rien la fait sursauter. Elle est conditionnée par l’histoire de l’Antechrist pour avoir peur et être effrayée par l’agression sauvage (en fait, fictive) dont est victime sa sœur sous ses yeux…

C’est peut-être là le plus grand intérêt de Catacombs pour les amateurs des souterrains parisiens : s’amuser à faire le parallèle entre leur vécu et le film, lister les points communs…

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